À Angoulême, « consommer autrement »

L’Association Régie Urbaine (ARU) d’Angoulême, créée en 1995, a longtemps développé les activités traditionnelles d’une régie : maçonnerie, propreté, espaces verts. Elle s’est aujourd’hui diversifiée, notamment avec la reprise en décembre d’une épicerie sociale au nom évocateur : « Le Local ».

Une nouvelle activité : l’épicerie sociale

Délaissant la maçonnerie, la Régie a multiplié les activités, de la peinture intérieure au garage solidaire, du chantier d’insertion en maraîchage à l’atelier textile qui œuvre à retrouver des alternatives au jetable.L’ensemble de ces secteurs rassemble 120 salariés et 2 millions de budget.
L’épicerie, auparavant gérée par la Croix Rouge, est située à
Grande Garenne-Basseau,l’un des cinq quartiers prioritaires de la ville et le principal terrain d’action de l’ARU.« Le Conseil  départemental, explique Isabelle Chasson, chargée de projet, a cherché un nouveau porteur pour une épicerie ouverte à la mixité sociale et le développement d’un jardin partagé. »

Du bio, du local et des ateliers

Cela a donné naissance au projet « Consommer autrement » où la Régie s’est associée à deux Centres sociaux. L’accent a été mis sur l’approvisionnement en circuit court, l’introduction de produits bios, des propositions d’ateliers. Un troisième Centre social, en manque d’espace pour développer ses activités, a rejoint le projet en cours.
Initialement, l’Épicerie sociale
reposait exclusivement sur les dons de la Banque alimentaire et permettait de répondre aux besoins d’une centaine de familles bénéficiaires.
Ce nombre a doublé en six
mois, malgré les difficultés de mise en place liées à la crise sanitaire. Isabelle Chasson,en poste depuis juin 2020, travaille à faire évoluer les pratiques, en lien avec « La drôle d’épicerie », dans le centre d’Angoulême, avec quelques heureuses surprises. « Le vrac a fonctionné tout de suite » aime-t-elle à souligner. Les ateliers permettent aussi d’identifier les besoins des habitants. « On se rend compte très vite qu’on a un problème avec les produits d’hygiène et notamment les protections hygiéniques » explique Isabelle Chasson.

Un projet pour lutter contre la précarité menstruelle

En réponse à un appel de la région, elle met en place à l’automne 2020 le projet « Une Féminité au naturel pour toutes » pour lutter contre la précarité menstruelle. L’atelier textile a fait appel à une designeuse textile pour améliorer le produit, qui a été testé par quinze femmes du quartier. Les serviettes hygiéniques répondent ainsi aujourd’hui pleinement aux besoins des femmes en termes de confort, les matériaux utilisés n’ont pas d’impact négatif sur la santé et proposent une alternative sérieuse aux serviettes jetables.
Vendues à 20 % du prix public, elles représentent une économie
salutaire pour les familles modestes. Isabelle Chasson prolonge cette initiative par un projet d’éducation populaire, en partenariat notamment avec le Planning familial, avec des temps d’information et d’échange autour de la sexualité,de l’hygiène menstruelle,du corps féminin.


La sexologue Nadia El Bouga, autrice du livre
La Sexualité dévoilée (Grasset, 2017), a ainsi donné une conférence devant une cinquantaine de personnes. En janvier 2021, l’épicerie est devenue chantier d’insertion. Elle compte désormais 5 salariés et une quinzaine de bénévoles.
Deux fois par semaine depuis mai 2021, elle s’ouvre à d’autres
publics devenant ainsi épicerie solidaire. « Auprès des habitants, la seule communication qui fonctionne c’est le bouche à oreille » explique Isabelle Chasson.Cette communication bénéficie aussi, ne manque-t-elle pas de rappeler, des talents de Rim Feuillet, une jeune femme formidablement douée pour les visuels, embauchée en contrat d’insertion. Chacune à leur manière, elles ont fait de cet espace dédié à l’aide alimentaire, un lieu joyeux et désirable, à l’écoute de ses bénéficiaires.

Texte et photos : Olivier Favier