La Presse parle de « Vies Majuscules »

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©Ouest-France

Sur Saint-Herblain – Publié le 27 octobre 2020

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©L’Est Républicain

Sur Laxou – Publié Mardi 13 Octobre 2020

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©Midi-Libre

Sur Lunel – Publié le 20 Octobre 2020

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©Ouest-France – Marie-Eve Nadaud

Publié Mardi 13 Octobre 2020

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©L’Humanité – Caroline Constant

Publié Lundi 12 Octobre 2020

Essai. « Vies majuscules », quand les petites histoires racontent la grande

Avec l’aide des réseaux des Régies de Quartier, la Zone D’Expression Prioritaire a dépêché, entre la fin des Gilets Jaunes et le début du confinement, des journalistes chargés de faire écrire en atelier des habitants. Ils en sortent un portrait saisissant de la France d’en bas, souvent méprisée, longtemps invisibilisée. Entretien avec Édouard Zambeaux, l’un des animateurs du projet.

VIES MAJUSCULES. AUTOPORTRAIT DE LA FRANCE DES PÉRIPHÉRIES
Collectif – Éditions les Petits matins, 17 euros

Comment vous est venue l’idée de ces ateliers d’écriture ? Et comment avez-vous procédé ?

Édouard Zambeaux Nous réalisons depuis cinq ans des ateliers d’écriture, essentiellement pour les jeunes, les scolaires, les missions locales, les écoles de la deuxième chance… Nous avons eu envie d’élargir notre « public ». C’est un peu une initiative post-gilets jaunes, une tentative de lire la France modeste. Nous avons assez décidé d’exclure l’Ile-de-France. D’abord, parce que numériquement, elle écrase tout. Ensuite parce que pour une fois, justement dans cette histoire de gilets jaunes, la France commence après la région capitale. Enfin, il a fallu trouver un partenaire, et le réseau des Régies de Quartier a été tout de suite très motivé. Nous avons présenté le projet aux 130 Régies, et nous avons tout de suite eu plus de candidats que nous ne pouvions assumer.

Ce qui est intéressant, c’est que ce n’est pas du reportage, mais des gens qui parlent directement de leur vie, sans intermédiaire, sans filtre…

Édouard Zambeaux Nous ne voulions pas de regard interposé. Ce qui nous intéresse dans ce dispositif, c’est de permettre aux gens de reprendre la maîtrise de leur propre récit. Ils en ont marre d’être racontés par les autres, parce qu’ils ont le sentiment d’être complètement essentialisés. Surtout les gens modestes : ils n’ont pas le droit à la complexité. Quand un journaliste vient les voir, c’est souvent à titre illustratif. On va les cantonner à une situation : leurs fins de mois difficiles, par exemple. Nous, nous sommes mis dans une posture différente. Nous leur avons demandé de quoi ils voulaient parler. Et nous nous sommes mis à leur service, un peu dans une posture d’écrivain public.

L’idée, c’est vraiment de se mettre au service, de façon à ce que cette parole soit lue, entendue. C’est un objet politique, éditorial.

Beaucoup ont commencé par dire : « Je n’ai rien à dire et puis de toute façon, même si j’ai quelque chose à dire, je ne suis pas capable de le faire. » Il a fallu créer de la réassurance, en martelant : « Ton histoire est plus grande que toi, elle dit quelque chose d’une réalité collective. Chaque petite histoire raconte la grande ». L’idée, c’est vraiment de se mettre au service, de façon à ce que cette parole soit lue, entendue. C’est un objet politique, éditorial. Journalistiquement, le résultat dit beaucoup du pays dans lequel on vit. On a fait ce boulot dans un entre-deux, le post-gilets jaunes et le pré-Covid, pendant quatorze semaines, en résidence. Ceux que nous avons rencontrés, c’est la France qui avant le confinement était au-dessus de la ligne de flottaison. Mais on sent bien dans ces récits que ce sont des gens qui sont à la limite de boire le bouillon. Beaucoup de ces gens sont dans des dispositifs d’emplois accompagnés, de dispositifs d’insertion, donc avec des amortisseurs.

Un des chapitres s’appelle « À quelques euros près ». Et ce qui est impressionnant, c’est que tous détaillent toutes leurs dépenses à l’euro près… On sent bien qu’il n’y a pas de place pour l’imprévu, ni le moindre accident…

Édouard Zambeaux 50 euros, c’est la marge d’imprévus possibles. Au-delà, tu tombes dans l’accident industriel. Donc ça veut dire que si tu dois te refaire les dents, que tu as une panne de bagnole, ou que sais-je, c’est la cascade, et tu te retrouves à devoir demander un échéancier à ton bailleur, à être en péril sur tes crédits. L’équilibre est ultraprécaire.

Il y a un témoignage, celui de cette jeune roumaine, qui fait vivre toute sa famille, avec 800 euros. Ils occupent un squat…

Édouard Zambeaux Dana a commencé par me dire : « Tout va bien. » Elle venait de signer un contrat d’insertion, elle s’occupe des espaces verts dans un quartier de Marseille, elle découvre une sociabilité au travail, avec un chef d’équipe visiblement bienveillant. Si j’avais rencontré Dana comme journaliste, j’aurais eu la tentation de supprimer le « tout va bien », parce qu’elle habite dans un squat, il faut aller chercher l’eau, sa famille n’a pas assez d’argent tous les mois pour acheter du gaz… Dans ce dispositif, je la rencontre parce qu’elle est volontaire pour participer à un atelier d’écriture. Et ses conditions de vie sont finalement pour elle assez secondaires devant le chemin parcouru : quand elle est arrivée en France, Dana a commencé à vivre dans la rue à Marseille. Et c’est la respecter que de respecter cette logique ascendante, sans la renvoyer en permanence à son mal-logement, même si on ne le tait pas. La vraie volonté éditoriale, c’est que les participants aux ateliers se racontent comme ils se voient, et pas comme un tiers les voit.

Ce qu’on constate, c’est l’appauvrissement de ces territoires, en termes de logement, de commerce, d’emploi ?

Édouard Zambeaux Aujourd’hui, la France des périphéries, elle commence en centre-ville. Quand tu t’arrêtes dans une commune comme Vierzon (Cher), ville moyenne en déprise, il n’y a plus de commerces dans le centre, à part des vendeurs de prothèses audio. Et ils en sont réduits à coller des photos de paysages sur les devantures abandonnées. Pourquoi ? Parce que l’usine qui fabriquait des machines agricoles a fermé, que des centres commerciaux ont été construits à la périphérie. Du coup, le centre-ville est mort. Sur ces villes moyennes, il y a une paupérisation du tissu social, du tissu urbain assez dramatique.

Il y a un chapitre sur le logement, qui pourrait se résumer à « je t’aime, je te fuis ».

Édouard Zambeaux C’est exactement ça. Surtout dans les quartiers d’habitat social, dans les cités, il y a un sentiment ultra-ambivalent. Les habitants oscillent entre le merveilleux d’une sociabilité et le sentiment d’un emprisonnement. Ils ont une sociabilité un peu fantasmée, car elle aussi, malheureusement, a tendance à s’estomper. Tu vois cette légende du « c’était mieux avant », de la vie de village. Et puis, il y a quand même le sentiment très ancré que pour s’en sortir, il faut en sortir.

Un des jeunes interrogés explique que pour obtenir un stage ou un emploi, être de son quartier, ça bouche l’horizon…

Édouard Zambeaux C’est un gamin de la Savine, à Marseille. Ça bouche parce qu’il y a la réputation du quartier, évidemment. Et Marseille, il ne faut pas se mentir, a, depuis vingt-cinq ans, méthodiquement développé une politique d’apartheid. Pour aller à la Savine, tu vas jusqu’au terminus du métro, puis tu prends deux bus. Un employeur sait donc qu’il multiplie les risques d’accident. C’est la double peine, ces quartiers excentrés. Tu vois la différence entre les villes qui ont des politiques de transport inclusives et celle qui ont des politiques de transport exclusives. Marseille étant l’acmé, l’exemple absolu d’une volonté de limiter au maximum l’accès au centre-ville aux habitants des quartiers pauvres.

Je crois qu’on ne se rend pas compte à quel point une part importante de nos compatriotes sont dans la survie.

Vous montrez beaucoup de gens fatigués, qui font des burn-out, fracassés par le travail tôt dans leur carrière…

Édouard Zambeaux C’est l’épuisement de la survie. Je crois qu’on ne se rend pas compte à quel point une part importante de nos compatriotes sont dans la survie. Donc dans la lutte quotidienne, parce qu’ils sont à 20 balles près, parce que l’emploi ça va et ça vient, parce qu’ils habitent dans des endroits qui ne sont pas forcément super-accueillants tous les jours. Il y a peu de gens qui nous ont dit : « J’ai jeté le gant ». Mais il y en a beaucoup qu’on sent à la limite de l’épuisement. D’où aussi l’importance de dispositifs comme les Régies de Quartier. Qui sont évidemment des entreprises d’insertion par leur activité économique. Mais qui sont beaucoup plus que ça : c’est aussi de l’éducation populaire, de l’accompagnement social, de la bienveillance, de la sociabilité. Il n’y a pas qu’eux, mais c’est un maillage territorial ultra-précieux. Si tous ces gens n’avaient pas la main tendue des Régies de Quartier, ils ne seraient plus juste fatigués, ils sombreraient.

Beaucoup de ces gens sont dans des emplois ultra-précaires, dont la période du Covid a révélé l’absolue nécessité pour la vie en société…

 


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